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jueves, 29 de enero de 2015


L’Institut de relations internationales et stratégiques IRIS
a l’honneur de vous inviter à une réunion restreinte autour de

Mme Irma Eréndira SANDOVAL BALLESTEROS,

Professeure à l’Institut pour la Recherche Sociale et 
Directrice du Laboratoire sur la Corruption et la Transparence 
de l’Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM)
et aussi professeure invitée 
Institute des Hautes Études de L’Amérique Latine (IHEAL), et 
Sciences Po - Paris School of International Affairs
sur le thème

« Mexique : les réponses de la société civile 
face à l’existence d’un narco-Etat »

La réunion sera animée par
M. Christophe VENTURA,
chercheur associé à l’IRIS, spécialiste de l’Amérique latine

MARDI 27 JANVIER 2015 - de 18h00 à 20h00
à l'Institut de relations internationales et stratégiques

Espace de conférences
salle rez-de-chaussée
2 bis, rue Mercœur - 75011 PARIS

lunes, 5 de enero de 2015

Ce que le mouvement des disparus d’Ayotzinapa nous dit de la corruption structurelle au Mexique (Mémoire des Luttes, 26 Dic, 2014)

Une des principales victoires du mouvement d’Ayotzinapa est d’avoir démontré que la corruption est un phénomène structurel lié à la fois à un système politique qui va à l’encontre de la volonté populaire et à un système économique injuste basé sur le profit et la destruction de la vie sociale. Le 20e rapport annuel de l’ONG allemande Transparency International consacré au niveau de corruption des Etats attribue une note de 35 sur 100 au Mexique, plaçant le pays au 103è rang sur 175 de son classement. Le Mexique partage ainsi cette place avec la Bolivie, la Moldavie et le Niger. Le problème de la corruption ne se résoudra pas par de simples « changements de cabinet » comme l’a clairement signalé Omar García, rescapé du massacre du 26 septembre d’Iguala et dirigeant naturel indiscuté du mouvement des étudiants des écoles normales rurales salué aujourd’hui au niveau international pour son courage et sa clarté politique.

Sous le régime de l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena), le Mexique s’est inséré à la globalisation néolibérale, mais est également devenu une usine à fabriquer des pauvres. Ce pays, qui pourrait dans d’autres conditions s’affirmer comme une puissance économique latino-américaine, reste l’un des plus inégaux de la planète. Il compte d’un côté l’un des hommes les plus riches du monde, Carlos Slim, et de l’autre 65 millions de personnes qui survivent avec moins de un dollar par jour. Les diverses manifestations et protestations qui ont lieu jour après jour dans le pays et dans le monde entier contre le régime néolibéral du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, centre) tendent précisément à dénoncer cette situation. Les Mexicains en ont assez de la corruption, de l’exclusion, des fraudes électorales et de la militarisation.

Les slogans en faveur de la justice et qui exigent que tout soit fait pour retrouver les corps des 43 étudiants dont la disparition a été causée par l’Etat incarnent aujourd’hui un cri assourdissant contre le piétinement de la démocratie, la répression, la militarisation, l’impunité, la privatisation et la collusion du pouvoir politique, des monopoles privés et des médias.

A ce jour, selon l’étude de l’organisation Latinobarómetro, seuls 21% des Mexicains se considèrent « satisfaits par le fonctionnement de la démocratie », ce qui place le pays à l’avant-dernière place en Amérique Latine, devant le Honduras, autre pays douloureusement affecté par la guerre et la militarisation. Le Mexique est également le pays latino-américain qui compte le plus haut niveau de méfiance envers les partis politiques existants (45%), et la côte de popularité de Enrique Peña Nieto est en chute libre. Enfin, en matière de justice, la majorité des Mexicains se méfie des autorités, et quand ils sont victimes de délits et d’abus, ils ne perdent plus leur temps en allant porter plainte ou en saisissant les tribunaux. Seuls 6,2% des crimes commis dans le pays sont suivis d’enquêtes et un nombre encore plus infime donne lieu à des condamnations avec réparation pour les victimes ou a des sanctions.

Ces chiffres reflètent la claire décadence institutionnelle que vit le Mexique et une situation de corruption structurelle du système judiciaire, politique et économique. La crise humanitaire que traverse le pays ne s’explique pas seulement par une politique de sécurité et un système judiciaire « inefficaces » ou « non-efficients », mais avant tout par une faille structurelle quant à l’incapacité de l’Etat à rendre des comptes, incapacité renforcée par la prédominance des abus de pouvoir et du règne absolu de l’impunité à tous les niveaux. C’est pourquoi les Mexicains ne veulent pas de nouvelles réformes néolibérales, ni de nouveaux dirigeants politiques avec les mêmes méthodes d’abus, d’impunité et de corruption, de nouveaux pactes avec les mêmes politiciens qui méprisent toujours autant la Constitution nationale. Ce que recherche le mouvement d’Ayotzinapa, c’est de reconstruire les bases politiques et sociales du Mexique. Dans cette perspective, il exige la démission de Enrique Peña Nieto comme pré-condition minimale pour refonder l’Etat et établir, à partir de là, une meilleure relation entre ce dernier et la société.

Il est évident que Enrique Peña Nieto refuse d’assumer sa responsabili
té dans cette crise humanitaire puisqu’au lieu d’écouter la société, il retourne le couteau dans la plaie du peuple mexicain, imposant plus de contrôle, de centralisation politique et augmentant le niveau de militarisation de l’Etat de Guerrero. L’objectif ultime de Enrique Peña Nieto est de donner des garanties aux investisseurs étrangers et aux oligarques de la région qui exigent de la « stabilité » afin de poursuivre leur enrichissement sur le dos des communautés du sud en tirant profit des règles du jeu néolibéral. La cession de pans entiers du territoire national aux narcotrafiquants constitue le revers de la médaille de la distribution des réserves pétrolières aux multinationales rapaces.

Néanmoins, les étudiants et les pères de famille d’Ayotzinapa .... para continuar leyendo el texto de click aquí

lunes, 22 de diciembre de 2014

Le Mexique est aux prises avec la narco-politique: Entretien avec Irma Eréndira Sandoval dans Le Monde, Paris, France (9, Decembre, 2014)



«Le Mexique est aux prises avec la narco-politique»

Pour Irma Eréndira Sandoval, qui étudie la corruption au Mexique, le récent massacre de 43 étudiants est révélateur d’un Etat désormais au service des narcotrafiquants contre la population et la contestation. Irma E. Sandoval est professeure à l’université nationale autonome du Mexique. Elle y dirige le Laboratoire de recherche sur la corruption et la transparence. Elle est actuellement professeure invitée à Sciences Po/Sorbonne Nouvelle.


Q. Dans quel contexte politique la disparition de ces 43 étudiants en septembre s’inscrit-elle ?

Cette tuerie est très significative car elle démontre que le pouvoir cherche à briser le cycle de manifestations en cours au Mexique. Les victimes fréquentaient l’école normale d’instituteurs d’Ayotzinapa, qui forme des enseignants ruraux. Elles étaient réunies pour lever des fonds afin de pouvoir se rendre à la commémoration d’une autre mobilisation estudiantine qui se termina, elle aussi, par une tuerie, bien plus grave celle-là, le massacre de Tlatelolco, le 2 octobre 1968.
À la demande du maire de la petite ville où se trouvaient les étudiants ce 26 septembre, la police est envoyée, accompagnée d’hommes non identifiés, pour réprimer les futurs instituteurs et les remettre au cartel local qui les assassine.

Le Mexique subit la violence des narcotrafiquant depuis 20 ans, mais l’Etat jusque-là se contentait de prendre parti pour l’un ou l’autre des barons de la drogue et de cibler ses rivaux. Aujourd’hui, l’Etat vise directement ceux qui contestent son autorité. Nous en sommes arrivés à un point où l’on peut comparer la situation du Mexique à celle du Chili sous Pinochet. La Colombie n’offre même pas un point de comparaison crédible, car au Mexique, les relations entre narcos et responsables politiques sont bien plus étroites. Les premiers interlocuteurs des narcos ne sont pas des organisations comme les FARC ou des milices, mais bien nos représentants élus.

Q. Selon vous, le président peut-il apaiser la situation ?

Le bilan d’Enrique Nieto en la matière ne le laisse pas croire. Lorsqu’il était gouverneur de l’Etat de Mexico, entre 2005 et 2011, il a également fait face à d’intenses mouvements de contestation, sans avoir engagé le dialogue avec les opposants. On a pu s’en rendre compte lorsque les habitants de San Salvador Atenco, une petite ville près de Mexico, se sont révoltés contre le projet d’aéroport international qu’il défendait. M. Nieto a préféré se braquer et employer la manière forte. La répression policière fit plusieurs morts. Aujourd’hui président, M. Nieto mène la même politique anti démocratique.

Cette stratégie s’est retournée contre le gouvernement car elle ne fait qu’accélérer la prise de conscience en cours. Les gens continuent à manifester en dépit du sentiment de peur que le gouvernement cherche à diffuser. Les électeurs sont désabusés et ne voient plus l’utilité des différents scrutins. Et c’est très malheureux. Mais c’est une conséquence naturelle de la situation. Il faut changer les choses.

Q. Laurent Fabius affirmait récemment que « le Mexique reste un Etat démocratique », vous êtes donc en désaccord avec lui ?

Oui et non. Car si l’on ne considère que les institutions et leur fonctionnement, le Mexique n’est pas une démocratie. Mais si notre regard se porte plutôt sur la société civile, oui, le Mexique est bien une démocratie.

Il est du reste très significatif que le ministre français des affaires étrangères emploie ce verbe, rester. Il ne nous dit pas que le Mexique “est” une démocratie, mais qu’il demeure, malgré tout, une démocratie. En reconnaissant de manière implicite ce hiatus, Laurent Fabius semble nous rappeler la nécessité de reconstruire notre démocratie.
Certains estiment que le Mexique est un Etat failli (failed state), je ne crois pas que ce soit le cas. En plus d’une société civile vigilante, le Mexique dispose d’une grande force économique, notamment grâce au pétrole.

Q. Partagez vous l’idée selon lequel le Mexique est il aux prises avec la « narco-politique » ?

Il y a une industrie de la guerre, de la drogue, une autre qui s’occupe de blanchir l’argent. Ces secteurs d’activité sont très prospères et ont cannibalisé le pays. Ce massacre en donne la preuve. L’armée est gagnée par ce mal. Depuis une dizaine d’années, elle est devenue un acteur politique important en s’appuyant sur la guerre contre la drogue. Alors qu’ils avaient pour tradition de faire profil bas, les généraux se présentent maintenant comme des figures d’autorité dans notre démocratie et cherchent à se faire connaître du public, ce qui est très inquiétant.

Q. Les États-Unis sont-ils en partie responsables la situation ?

Oui, à bien des égards. Le dictateur Porfirio Díaz, au pouvoir de 1884 à 1911, et mort ici à Paris, disait ainsi « pauvre Mexique, si loin de Dieu, si près des États-Unis ». Cela reste toujours vrai. L’accord de libre-échange nord-américain, entré en vigueur en 1994, a déstabilisé notre pays, ruinant l’agriculture locale. En vingt ans, nous avons vu disparaître les petits paysans au profit d’un modèle industriel de production qui a provoqué de vastes mouvements de population. L’initiative de Mérida a également déraillé. Lancée en 2007, elle devait aider le Mexique à lutter contre les narcotrafiquants, en finançant l’achat de matériels militaires. Or, cet équipement sert aujourd’hui dans une guerre contre l’ensemble de la société.

Par ailleurs, la militarisation de la frontière mexicano-américaine a transformé le Mexique en zone tampon où se trouvent tous les migrants d’Amérique latine qui souhaitent aller aux États-Unis sans y parvenir. Cela vient aussi fragiliser le Mexique. Sans parler de l’import illégal d’armes venant des États-Unis, où elles sont en vente libre, et qui viennent alimenter la violence dans notre pays. On sait aussi grâce au Wall Street Journal que des agents américains conduisent des opérations spéciales au Mexique en se faisant passer pour des agents mexicains, sans l’autorisation de nos autorités. C’est un scandale et un profond manque de respect pour nos institutions.

Q. Vous provenez vous-même de l’Etat de Guerrero où ces 43 étudiants ont disparu. Que pouvez-vous nous dire de cette région ?

  1. Cet Etat porte le nom de Vicente Guerrero (1782-1831), qui fut l’un des leaders de la guerre d’indépendance (1810-1821) et président du Mexique. Sous son autorité, notre pays fut l’un des premiers en Amérique Latine à abolir l’esclavage en 1829. L’Etat du Guerrero fut l’un des centres de la mobilisation étudiante dans les années 1960 et la guérilla d’inspiration communiste y est née dans les années 1970.

Il faut cependant être attentif à une chose, la mobilisation est aujourd’hui en train de se radicaliser. La violence s’installe, bien que de manière encore limitée. Des manifestations sont organisées aux abords des bureaux du PRI et le lobby est incendié, idem à la législature locale. Il n’y a pas d’émeutes, les objectifs sont définis à l’avance. Mais il faut s’inquiéter de ces développements. La tension ne fera que monter à mesure que l’on approchera des élections locales en juillet 2015.


Propos recueillis par Marc-Olivier Bherer
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